Un titre choc, certes… mais une véritable question qui se pose ! Toute cette réflexion a commencé lors d’un repas familial durant lequel j’ai annoncé à ma mère que je me présentais aux élections communales 2018. Sa réaction fut simple : « Tu fais de la politique maintenant ? Pourquoi ? Ce sont tous des pourris les politiciens ! ». Et ma sœur de rajouter en rigolant : « Bah ouais, mais bon, ton fils est un pourri hein M’man »

Sébastien Combéfis,
  candidat 14 (OLLN 2.0)
Affiche électorale du numéro 14 de la liste OLLN 2.0.

La genèse

Pourquoi m’être présenté aux élections communales ? Pour tout vous dire, c’est le résultat d’un heureux hasard. Ceux qui me connaissent bien savent que j’ai toujours aimé consacrer une partie de mon temps pour contribuer à diverses causes et pour aider à améliorer la société dans laquelle nous vivons (très localement, mais également à l’international).

Le soir du 28 mars 2018, en rentrant du travail, je découvre un e-mail envoyé par un certain Denis Vandenbergen, inconnu au bataillon, expliquant qu’il recherche des jeunes ottintois et néo-louvaniste pour relancer la section jeunes MR sur la ville d’Ottignies-Louvain-la-Neuve (OLLN). Suite à ce message, j’ai rencontré ce Monsieur le 5 avril 2018, découvrant ainsi que je me trouvais en face du président de la section OLLN du MR. Cette rencontre fut très fructueuse et, suite à celle-ci, je me découvris une nouvelle opportunité de contribuer à la société, en m’engageant un peu en politique pour apporter quelque chose aux jeunes MR d’OLLN, je ne savais pas encore vraiment quoi à ce moment là.

Il faut croire que j’ai fait bonne impression, et que ma motivation et mon énergie, bien connues de mes proches, ont été rapidement perçues. En effet, j’ai directement été invité à rencontrer la cheffe de file MR OLLN, Bénédicte Kaisin, le lundi 9 avril 2018. Également maitre-assistante dans une Haute École, le courant est très vite passé entre nous, notamment par notre intérêt commun pour l’enseignement de qualité avec un maximum de retours vers l’étudiant. Elle m’a expliqué ce qu’elle faisait pour la ville en tant que conseillère communale et, directement séduis, je me voulais à ses côtés.

Suite à ces deux rencontres, je me suis assez vite retrouvé impliqué au sein du groupe, participant aux différentes activités qu’il organise et à ses réunions de coordination, pour finir candidat aux élections communales 2018 sur OLLN, à la place numéro 14 [1].

N’était-ce pas là un bon moyen d’enfin réellement en savoir plus sur ce que font les politiciens ? De découvrir ce qui se cache derrière des élections ? De mieux comprendre comment fonctionne et se gère une commune ? Scientifique de formation, et curieux comme je suis, c’était évidemment pour moi l’occasion rêvée de trouver des réponses à ces questions et à bien d’autres !

Souterrains de la citadelle de Namur Candidats ottintois aux élections
Visite des souterrains de la citadelle de Namur avec les sympathisants MR de OLLN.

La campagne

Candidat donc… cela signifiait pour moi qu’il fallait m’investir dans ce qu’on appelle communément une campagne électorale. Se faire connaitre, partager ses idées pour la ville et en récolter, rencontrer et informer les citoyens… mais aussi travailler avec le groupe et les autres candidats pour établir un programme, pour mener à bien sa communication, etc.

Qu’ai-je concrètement fait ?

J’ai été sollicité sur plusieurs fronts, autant intellectuels que sur le terrain. Entre autre chose, j’ai notamment :

  • donné à plusieurs reprises mon avis, ou relayé celui de citoyens, pour notamment établir le programme de notre liste, améliorer le fonctionnement de notre groupe et organiser la présence publique de ses membres ;
  • aidé à préparer du matériel de campagne (affiches, tracts, contenu pour le site web), c’est-à-dire participé à des séances photos, travaillé en petits groupes sur le contenu de tracts et rédigé une biographie ;
  • et enfin tout fait pour me montrer un maximum, me faire connaitre ! Ce fut sans nul doute la partie la plus difficile pour moi, non pas que je sois timide, mais plutôt de peur d’ennuyer le citoyen. Heureusement, certains évènements étaient dédiés à cela, comme les stands sur les marchés.
Tracts Affiche Stand
Des tracts, des affiches de groupe et une présence sur des stands pour se faire connaitre !

Quel cadre devais-je respecter ?

Oui, il y a bien entendu des règlements, des codes, des règles, à respecter lorsqu’on est en campagne pour les élections communales. On est notamment soumis à une ordonnance de police et à des règles financières. Voici quelques exemples de règles que j’ai ainsi pu découvrir :

  • il est interdit d’abandonner des tracts électoraux sur la voie publique, et il faut rappeler cette interdiction sur tous les tracts produits ;
  • une affiche ne peut être placée chez un citoyen qu’avec son accord écrit préalable (du locataire et/ou du propriétaire selon les cas) ;
  • la ville met à disposition des panneaux publics où chaque liste dispose d’un emplacement de taille précise (seuls endroits publics où l’affichage est autorisé !), et il est demandé aux candidats d’être respectueux de leur zone et de celles des autres ;
  • il est interdit de coller des affiches à certaines heures (moi qui pensais que tout se passait la nuit, après le boulot…) ;
  • les candidats ne peuvent pas faire des cadeaux électoraux (goodies, concerts, etc.), pas de bics ou casquettes à mon effigie donc ;-)
  • enfin, concernant les dépenses, il y a des montants maximaux qui ne peuvent être dépassés pour la campagne (1.766,24€ par candidat et 23.385,80€ pour la liste, montants fixés notamment sur base du nombre d’électeurs qui est de 22.078 pour OLLN), c’est-à-dire du 15 juillet 2018 au 14 octobre 2018.

Cela m’a beaucoup plus de savoir qu’une campagne électorale était cadrée. Reste à voir si tout cela est suffisamment surveillé et si des sanctions adaptées seront prises à l’égard d’éventuels contrevenants car oui, j’ai pu en observer… affaire à suivre donc !

Affiche publique illégale Surcollage d'affiches Graffiti sur affiche
Une pancarte illégalement posée sur un trottoir (public), du surcollage d'affiche et des graffitis...

Et enfin, quelles leçons ai-je apprises ?

Oui, n’oubliez pas que mon objectif principal reste de découvrir un nouveau monde et son fonctionnement et de trouver des réponses à différentes questions. Voici quelques leçons que j’ai apprises durant cette campagne, en vrac :

  • Une campagne électorale, ça prend du temps et c’est épuisant. D’autant plus que je ne me suis évidemment pas arrêté de travailler pour mon boulot de maitre-assistant à l’ECAM Brussels Engineering School. Heureusement, il reste les soirées et les weekends ;-)
  • Il y a beau avoir des règles et un cadre, tout le monde ne se comporte pas de la même manière. Heureusement, la plupart des listes sont cordiales et leurs candidats se souhaitent mutuellement bonne chance. On peut malgré tout ressentir de « l’agression » de la part de certains individus ou liste. La course au pouvoir ou au poste de bourgmestre peut sans doute monter à la tête… Je citerai, par exemple, le non-respect de l’ordonnance de police (affiches laissées sur des lieux publics, dépassement des limites sur les affichages publics, etc.)
  • On peut également observer une « guerre de la communication », embrouillant l’électeur, le trompant même parfois en lui faisant croire que les chances que certaines personnes puissent devenir bourgmestre sont bien plus grandes que ce qu’elles sont vraiment… Un bon électeur est celui qui votera intelligent, en s’étant renseigné, et pas forcément juste pour un discours, de belles chaussures, voire même une belle gueule ;-)

Pour conclure, notre liste n’est évidemment pas parfaite non plus. Le propre du travail de groupe, surtout lorsque ses membres sont très variés, est qu’il est difficile et requiert de l’attention permanente. Il faut écouter et concilier les différentes opinions, et le leader doit prendre position pour faire avancer le groupe, sans toujours savoir satisfaire au mieux tout le monde, évidemment. J’ai critiqué d’autres listes, certes, mais je peux aussi relever des défauts au sein de la notre. Personnellement, je trouve par exemple qu’il y a eu trop de tracts de sous-groupes et que la coordination de ces derniers aurait pu être meilleure, pour ne pas inonder le citoyen d’informations, et pour réduire l’impact négatif pour notre planète. Personne n’est parfait, mais identifier ses propres faiblesses pour s’améliorer, ça c’est une démarche positive !

L’accord préélectoral

Enfin, une dernière chose horrible que j’ai découverte depuis que je m’implique en politique locale, et que je suis candidat, c’est la notion d’accord préélectoral. En deux mots, c’est très simple, plusieurs listes ont signé (en février 2018, voir [2]) un accord comme quoi elles gouverneront ensemble, peu importe quel sera le choix des électeurs ! Il s’agit de la majorité actuelle, en place depuis 18 ans, composée d’Ecolo, d’Avenir-OLLN (CDH) et de PS+. C’est déjà la quatrième fois qu’ils portent ainsi atteinte à la liberté des électeurs ! La vidéo suivante [3], disponible sur la page Facebook d’OLLN 2.0, résume la situation et les conséquences pour Ottignies-Louvain-la-Neuve.

Le principe des coalitions permettant d’atteindre une majorité est une possibilité en Belgique, qu’on l’aime ou pas. Par contre, je trouve qu’un accord préélectoral n’est pas très démocratique et trompe l’électeur. Pourquoi ?

  • Si plusieurs listes aiment à gouverner ensemble, autant ne présenter qu’une seule liste reprenant les intérêts communs, avec un programme fort, et pour lequel le citoyen peut donner sa voix. Ici, non, on se retrouve face à trois listes, avec trois programmes, et trois fois 31 candidats.
  • On oblige l’électeur à adhérer aux valeurs des trois partenaires puisqu’il votera d’office pour l’alliance s’il donne sa voix à l’un de ses membres.
  • On empêche l’électeur de choisir directement son bourgmestre, car s’il vote pour l’alliance, il votera pour le bourgmestre du membre le plus fort au sein de l’alliance, pas forcément pour l’individu qui aura le plus de voix.

De plus en plus de Wallons veulent directement élire leur bourgmestre [4], en lui donnant sa voix. Cela n’est évidemment pas possible lorsqu’accord préélectoral il y a… cette question mérite réflexion.

Le résultat

Le résultat des élections n’est évidemment pas encore disponible, il faudra attendre que la voix du peuple se prononce. Pour cela, il est très important d’aller voter et ne pas s’abstenir, l’abstention revenant indirectement à donner sa voix au choix par défaut… Vous avez le droit de vous exprimer et votre avis compte ! J’entends parfois : « Tout est fait, la majorité actuelle restera en place, ça ne sert à rien d’aller voter » Eh bien justement, si vous pensez cela, ne soyez pas dépité et indifférent, osez le changement et votez une alternative à ça ! D’autres scénarios sont possibles, grâce à vous !

Je peux néanmoins déjà m’exprimer par rapport à mon résultat personnel ! Je ne vise rien de particulier, je ne cours pas derrière un poste ou des responsabilités à tout prix. Ce qui m’intéresse, c’est de pouvoir contribuer, comme on me le permettra, à la gestion de ma ville, notre ville d’Ottignies-Louvain-la-Neuve. En effet, pour moi, j’ai déjà gagné ces élections. J’ai pu comprendre comment fonctionnent des élections et ce que fait une commune. J’ai rencontré pleins de personnes exceptionnelles (au sein de la liste OLLN 2.0, ou lors de rencontres citoyennes). J’ai également pu participer à une pléthore d’activités organisées dans la ville, par la ville, dans mon quartier. Et je ne compte pas m’arrêter dans les années à venir !

Et pour revenir à ma question initiale, suis-je devenu un pourri ? Je ne pense pas, je n’espère pas, mais je ne peux pas me juger sur ce point. Les politiciens sont-ils des pourris qui ne foutent rien de leurs journées si ce n’est dépenser l’argent public ? Je ne le pense pas non plus. Mais oui, il existe des personnes moins éthiques, que la course au pouvoir ne doit sans doute pas aider… et pas qu’en politique d’ailleurs. Je peux comprendre que le peuple pense que politique = pourri et du coup s’en désintéresse. C’est dommage, car il s’agit quand même de choisir qui va gérer votre lieu de vie pour les six prochaines années, au niveau local, ce qui vous touche plus directement…

Quoiqu’il en soit, merci beaucoup à Denis Vandenbergen pour m’avoir introduit dans le groupe, à Bénédicte Kaisin pour me faire confiance pour mener cette campagne avec elle et enfin à Guillaume de Moffarts pour m’avoir soutenu tout au long de cette campagne !

Références

[1] Site web de la liste OLLN 2.0.
[2] Elections communales 2018 : l’Alliance citoyenne reconduite à Ottignies-LLN, TVCom, 5 février 2018.
[3] Explication des conséquences de l’accord préélectoral à Ottignies-Louvain-la-Neuve, page Facebook de la liste OLLN 2.0.
[4] Grand baromètre: deux Belges sur trois veulent choisir directement leur bourgmestre.