Depuis septembre 2014, je suis chargé de cours invité à l’Université catholique de Louvain, en charge du cours d’informatique donné aux étudiants en première année du bachelier ingénieur civil et en première année du bachelier en sciences informatiques. Ce cours, je le connais très bien, l’ayant suivi durant mes études en 2002, ayant été tuteur pour ce cours pendant trois ans de 2004 à 2006, et enfin, ayant été assistant pour ce cours pendant six ans de 2007 à 2012.

Mais ce n’est pas pour vous raconter mon expérience passée par rapport à ce cours que j’écris aujourd’hui (bien qu’il y aurait beaucoup à dire). Ce que je souhaite présenter ici aujourd’hui, c’est un dispositif particulier que j’ai mis en place dans le cadre de cette charge de cours, exploitant les nouvelles technologies modernes : un smartphone (en particulier sa caméra intégrée) et des codes-barres 2D.

Interactions lors d’un cours magistral

Lorsqu’on donne un cours magistral, le rendre dynamique afin de ne pas perdre les étudiants, dont l’attention ne cesse de chuter au fur et à mesure que le cours avance, n’est pas une tâche aisée. Il faut savoir que la durée moyenne d’attention ne dépasse généralement pas la dizaine de minutes [1]. L’attention commence en fait à diminuer après 10 minutes de cours et lors de la seconde moitié d’un cours magistral standard, seuls 12% des étudiants écoutent attentivement [2].

Une technique assez souvent utilisée pour maintenir l’auditoire attentif est de leur poser des questions régulièrement, sur ce qui vient d’être dit par exemple, ou alors en leur posant une question dont la réponse est en fait apportée dans ce qui va être dit. Cela provoque une pause dans le discours magistral de l’enseignant, et permet de faire passer les étudiants de l’état passif à l’état actif, en leur donnant la parole. Pour ce faire, plusieurs solutions sont envisageables comme le vote à main levée, ou celui par bourdonnement [3]. Ces méthodes souffrent néanmoins de plusieurs défauts :

  • lors d’un vote à main levée, les étudiants peuvent voir le vote des autres, et ils n’osent dès lors pas forcément s’exprimer ;
  • le vote par bourdonnement ne permet d’avoir qu’une tendance du nombre de votants entre deux questions ;
  • il n’est pas facile de donner les résultats du vote rapidement aux étudiants.

Afin de pallier ces défauts, il est par exemple possible d’utiliser des systèmes de vote avancés utilisant par exemple des boitiers de vote électronique, ou en se basant sur une application que les étudiants doivent installer préalablement sur leurs smartphones. Ces solutions, bien que puissantes, s’avèrent en pratique difficiles à mettre en œuvre, et lourdes point de vue logistique.

Votes interactifs à l’aide de code-barres 2D

La solution que j’ai utilisée, découverte grâce au Professeur Jim Plumat cet été, se base sur l’outil gratuit Plickers [4]. Cet outil permet à l’enseignant de collecter en temps-réel les votes de ses étudiants, sans que ceux-ci ne doivent disposer de quelque appareil que ce soit. Le principe est simple, et peut être décrit en trois étapes :

  • l’enseignant crée son jeu de questions, de type questions à choix multiples avec au maximum quatre propositions, sur le site web de Plickers ;
  • L’enseignant imprime et distribue des codes-barres 2D à ses étudiants, et ceux-ci votent en orientant le code-barres dans l’un des quatre sens possibles, selon la réponse qu’ils sélectionnent ;
  • L’enseignant scanne les codes-barres 2D avec son smartphone, et les résultats du vote s’affichent dessus en temps-réel, mais également sur le site web Plickers qu’il est possible de projeter aux étudiants.
Vote des étudiants dans l'auditoire
Les étudiants votent en orientant un code-barres 2D dans une des quatre directions possibles.

Quels sont les avantages de ce système ? Tout d’abord, cela est très peu couteux point de vue logistique : les étudiants n’ont pas besoin d’appareils particuliers, seul l’enseignant doit avoir un smartphone et il doit avoir imprimé des codes-barres. De plus, il est possible de faire des questions avec quatre choix possibles, et d’avoir un résultat direct et précis qui est présentable aux étudiants. Enfin, les étudiants ne sachant pas voir ce que votent les autres, et le vote étant complètement anonyme, ils ont moins peur de s’engager.

Scan de l'auditoire avec l'application Plickers
L'enseignant scanne l'auditoire avec l'application Plickers pour enregistrer les votes.

Bien qu’il soit possible de montrer directement, en temps-réel, les votes au fur et à mesure qu’ils sont scannés par l’enseignant, je trouve qu’il n’est pas forcément opportun de le faire car cela risque d’influencer le vote des étudiants. Par contre, alors que l’enseignant scanne les réponses, comme il voit le résultat sur son smartphone, il peut tout à fait apporter des commentaires tels que « une tendance se dessine » ou encore « il semblerait que l’auditoire soit partagé », afin de combler le temps qu’il faut pour scanner la classe. Une fois cela terminé, le résultat du vote est présenté aux étudiants, et la réponse correcte dévoilée.

Résultats des votes en temps réel
Il est possible de projeter en temps-réel les résultats des votes pendant qu'ils sont enregistrés.

Utilisation pour le cours de programmation

Comment ai-je utilisé ce système dans le cadre du cours d’informatique dont j’ai la charge cette année ? Chaque cours, d’une durée d’une heure, était agrémenté de quatre quizz. Lors du premier cours, c’était évidemment une surprise pour les étudiants, mais pour les cours suivants, ils s’y attendaient et leur attention étaient maintenue à un niveau correct tout au long du cours magistral, en l’attente du quizz suivant.

Utilisation de Plickers au cours d'informatique
Les étudiants sont en train de voter pour un quizz pendant le cours magistral.

J’ai utilisé deux types de questions, chaque type ayant un but précis :

  1. Le quizz pose une question par rapport à un concept qui vient tout juste d’être expliqué. Cela permet de vérifier que les étudiants ont été attentifs à ce qui vient d’être dit. Les réponses apportées à ces questions sont plutôt assez bonnes.
  2. Le quizz pose une question contenant un « piège » dans lequel les étudiants devraient tomber. La suite du cours a pour but de leur expliquer pourquoi ils ont mal répondu et leur apporter la réponse correcte. Les réponses apportées à ces questions sont plutôt mauvaises.

Et cela fonctionne ! En effet, les résultats enregistrés correspondent bien au type de question. Alors que le premier type de question permet de maintenir l’attention avant l’arrivée du quizz, le second type de question va susciter de l’attention après le quizz.

Deux types de questions pour les quizz
Deux types de questions ont été utilisées pour les quizz, permettant de susciter l'attention avant ou après l'utilisation du quizz

Bon, tout cela semble peut-être (trop) parfait. Mais y a-t-il des défauts à ce système ? Évidemment qu’il y en a, et pas qu’un seul. Néanmoins, le seul gros défaut que j’ai personnellement rencontré avec ce système est le nombre limité de codes-barres uniques qu’il est possible d’avoir. On ne peut avoir plus de 63 codes-barres avec la version actuelle de Plickers. Cela n’est dès lors pas pratique à utiliser pour un auditoire de 350 étudiants. Des étudiants ont en effet indiqué une frustration à ne pas pouvoir voter avec un code-barres comme les autres. Rien ne les empêche évidemment de « voter dans leur tête », mais cela peut être compréhensible que ce n’est pas pareil.

Malgré cela, j’ai réellement apprécié l’utilisation de ce système, et j’ai pu avoir des retours très positifs des étudiants. Même si tout le monde ne peut pas voter, avec 63 votants au maximum, il est déjà possible d’avoir une bonne tendance sur l’auditoire. Enfin, dans tous les cas, le quizz en tant que tel permet de maintenir un niveau correct d’attention auprès des étudiants.

Références

[1] Patrick Maddalena (2013), La bible de la formation : 76 fiches pour dynamiser vos formations et rendre vos stagiaires actifs. Eyrolles. (ISBN: 978-2-2125-5508-0)
[2] Markus Brauer (2011). Enseigner à l’université: Conseils pratiques, astuces, méthodes pédagogiques. Armand Colin. (ISBN 978-2-2002-5458-2)
[3] https://perso.uclouvain.be/olivier.bonaventure/blog/html/2013/02/05/humming.html
[4] https://www.plickers.com